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60 – Magasin général L. Paquin & Fils

Chronique de Jocelyne Patry et Colette Légaré

Dans un village, le magasin général est un incontournable! Les gens s’y procurent des marchandises, côtoient leurs concitoyens et échangent des nouvelles.
Dans Saint-Jovite, en 1903, Henry W. Pendergast, liquidateur de la cité de Montréal, vend un terrain donnant sur la rue principale avec « maison et autres bâtisses » à Léandre Gauthier, qui y ajoute un magasin.

En 1921, son fils Joseph Édouard, ayant hérité du tiers de la propriété comme son frère et sa sœur, rachète leur part. L’acte de vente mentionne explicitement la maison, le magasin et les dépendances. Il en sera le seul propriétaire jusqu’à sa mort en 1954. Dans l’année qui suit, Ludger Paquin, employé de confiance déjà habitué au roulement du commerce, achète le magasin de la succession. Jacques Paquin prend la relève en 1975.

Jusqu’à sa fermeture, le magasin est doté de certaines caractéristiques anciennes comme ces caissons construits par Alcide Forget au début du XXìème siècle. Autrefois, ils contenaient du sucre, de la cassonade, des pois, des dattes, des raisins de Corinthe, des fèves, du riz, de la farine, différentes épices (gingembre, cannelle, …), du souffre, du salpêtre, etc. Sans oublier la fameuse balance blanche trônant sur le comptoir et servant à peser tous ces produits qui se vendent à la livre. Et que dire des trophées de chasse dont cette tête d’orignal empaillée, legs de Léandre Gauthier !

Le magasin général a eu la chance d’accueillir des employés fidèles dont Jean-Guy Gauthier, à partir de 1965, et qui a terminé comme gérant de l’établissement. Jean-Guy Ouimet, pour sa part, y a travaillé pendant neuf ans (1948-1957) avant de devenir policier pour la ville de Montréal. Il est revenu y travailler à temps partiel dans les années 1990. Faisant aussi partie de la liste, signalons Émile Meilleur, Paul-Émile Lacasse, Paul-Arthur Fortier, Jean-Marie Forget, Marcel Boivin, Gaétan Jeanrie, Pierre Dufort, Roger Fortin, Martin Prévost et Christian Gauthier.

Pendant des décennies, la coutume veut que le propriétaire ou les employés servent la clientèle. Il n’est pas question de libre-service. Le vendeur, une fois informé des besoins de ses clients, se dirige vers les étagères ou les caissons et apporte le butin sélectionné sur le comptoir. Selon leurs moyens, les gens paient comptant ou font marquer, c’est l’ancêtre du crédit.

Le villageois, l’habitant ou la ménagère peut s’y présenter pour différents achats. Des vêtements masculins pour le travail à la ferme, les chantiers, la pêche et la chasse sont offerts en grande quantité. La ménagère n’est pas en reste puisqu’elle y trouve des chaudrons, des casseroles, des passoires, des plats en fer-blanc, des entonnoirs, des ustensiles, de la vaisselle en grès en plus des victuailles en vrac.
Pour les aliments, une fois déterminé le nombre de livres voulues par la cliente, le vendeur pèse le produit choisi devant elle et dépose le tout dans un sac de papier brun. Ainsi on peut acheter des bonbons, des biscuits, de la levure pour la fabrication du pain et tout autre ingrédient remisé dans les tiroirs. On peut aussi se procurer du caustique pour faire du savon.

Pour la mélasse c’est différent, elle est conservée dans un grand tonneau. Le client apporte sa cruche en verre ou en grès et le propriétaire ajuste le prix selon la grandeur du contenant. Le prix de base : vingt-cinq sous pour un gallon. Le miel est aussi un produit très populaire. Sa vente débute dans les années 1930. Deux fournisseurs approvisionnent le magasin : Joseph Guillaume Thibault, un apiculteur local et Monsieur Benoît de Sainte-Scholastique (Mirabel), inspecteur de miel de la province de Québec. Dans les années 1960, madame Deschamps de Saint-Eustache prend la relève.

Certains articles particuliers sont aussi offerts : des produits alimentaires de la chaîne Victoria, des médicaments et harnais pour les chevaux, de l’huile à lampe, de l’huile de pied de bœuf, du café en grains moulu sur place, des skis de marque Chalet et même des bagues de fiançailles à cinq dollars.
Le tabac à pipe en feuille est vendu au magasin. On y retrouve plusieurs sortes : Grand- Rouge fort, Petit-Rouge, Petit Canadien et tabac de Curé. Il ne faut pas oublier la production locale. Chaque année, il y a un concours de dégustation de tabac chez les cultivateurs et le gagnant a le privilège de faire vendre son tabac au magasin général pour une année. La vente de diverses sortes de tabac, y compris la production locale, s’élève à plus de mille livres par année et fait le bonheur des amateurs de pipe.

La section chasse et pêche du magasin est toujours bien fournie. Pour la pêche, des cannes de bambou de quatre grandeurs sont proposées de même qu’une bonne variété de leurres et de munitions pour les fusils de chasse. Le magasin délivre aussi les permis de pêche et de chasse. Les gens n’ont plus besoin de se rendre en train à Saint-Jérôme pour s’approvisionner. De riches Canadiens et Américains viennent en limousine chercher équipement et permis de pêche avant de partir en voyage pour la Baie James avec la compagnie « Wheeler Airlines ».

Mais le magasin général fait aussi office de lieu de rencontre. Si le jour est consacré aux achats, le soir, les anciens s’y rassemblent pour fumer la pipe, jouer aux cartes ou aux dames, se raconter les derniers potins et discuter d’actualité et de politique.

En mars 2010, plus de 100 ans après l’ouverture du premier magasin général à cet emplacement, Jacques Paquin vend le tout à un promoteur dont l’intention est d’aménager une place publique. Les bâtiments sont alors démolis et la petite maison attenante démontée car sous son revêtement actualisé se découvre une maison pièce sur pièce. Celle-ci est remontée et intégrée à l’édifice hébergeant le bureau touristique et celui de la SAAQ.

Après quelques imbroglios et changements de plan, la ville de Mont-Tremblant devient propriétaire du terrain et réalise le projet de place publique à l’automne 2020.


Magasin Édouard Gauthier


Intérieur du magasin général Paquin

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