105 – L’hôpital Saint-Paul de Saint-Jovite
Chronique d’Alain Racine inspiré du livre du 125ème de Saint-Jovite
À la fin du XIXe siècle, en milieu rural, les habitants font rarement appel aux médecins et se soignent eux-mêmes. Une grand-mère ou une sage-femme accouche les femmes et bien souvent, le médecin ne fait que précéder le prêtre auprès des agonisants qu’il soulage avec de l’opium.
Saint-Jovite reçoit son premier médecin en 1881 : le Dr Aurèle Bigonesse. Il débarque avec sa valise de cuir contenant une scie, une lancette pour extraire les abcès, une pince pour les dents et un peu d’alcool pour soulager la douleur. Il prescrit des remontants à base de fer, d’huile de foie de morue ou d’alcool. L’alcool est considéré comme un médicament jusqu’en 1921. Pour subsister, il se fait tantôt dentiste, vétérinaire ou juge de paix.
Même si certains autres médecins s’installent à Saint-Jovite dans la première moitié du XXe siècle, l’arrivée du docteur Raymond Dupré et de son épouse, l’infirmière Marthe Sauvé, en 1947, va marquer un tournant pour le village. Travaillant d’abord pour Joe Ryan, à la station de ski du Mont-Tremblant, ils soignent les blessés du ski sur place. En 1948, ils font la connaissance du docteur Marc Ouimet de Saint-Jovite. Celui-ci, débordé par les nombreux accouchements, se réjouit de l’aide que peut lui apporter ce jeune couple qui rêve d’avoir un hôpital pour soigner la population grandissante de Saint-Jovite.
Le 20 octobre 1949, le couple ouvre l’hôpital Saint-Paul au coin des rues Ouimet et Léonard. Dix lits entassés dans quatre chambres, une seule infirmière pour veiller les patients jour et nuit et un seul médecin rendent héroïques les débuts prometteurs de ce projet. Le docteur Ouimet vient rapidement les épauler et devient co-fondateur de l’hôpital. L’hôpital est incorporé en 1951.
La survie de l’institution est constamment en jeu car malgré un contrat avec la Croix-Rouge et quelques dons, l’équipement des salles d’opération et les médicaments remis gratuitement aux patients coutent très chers. Pour alléger leurs charges, l’administration de l’hôpital est confiée à un comité formé de gens d’affaires du village. Cette organisation permet d’engager du personnel supplémentaire, d’installer un petit laboratoire et d’acquérir un appareil à rayon X si utile pour les nombreuses fractures de ski.
La fracture du bras de madame McEuen, après une chute en ski, devient pour eux providentielle. Elle est l’épouse du docteur C. Stuart McEuen de Montréal. Le couple, touché par leur œuvre, les aide à trouver des fonds et un de leurs voisins, Warren B. Brown, un riche industriel, leur donne un important montant et 4 lits modernes pour l’hôpital. Sous la présidence du docteur McEuen, le conseil d’administration rêve grand : construire un nouvel hôpital! Malgré l’obtention d’un terrain donné par le conseil de Fabrique du village, sa construction ne sera jamais réalisée, d’abord à cause de la mort prématurée du bienfaiteur puis par la mise en place, en 1970, de nouvelles lois favorisant l’hôpital de Sainte-Agathe-des-Monts. L’hôpital Saint-Paul deviendra, de 1970 à 1974, une clinique offrant les services d’une infirmière, continuellement sur place, avec deux lits d’observation. Puis sa vocation changera peu à peu…
Sans hôpital, des cliniques voient le jour. En autres, en 1973, le docteur Maurice Proulx qui possède déjà sa clinique dans sa maison sur la rue Ouimet, s’associe aux docteurs Jean-Marie Gingras, Pierre Thibault, Pierre Pilon et David Curtis pour ouvrir une clinique médicale sur la rue Labelle. Cette clinique sera la plus importante et perdure encore aujourd’hui dans l’édifice de la pharmacie Uniprix.

Dr Raymond Dupré et son épouse, l’infirmière Marthe Sauvé, en 1949

Hôpital Saint-Paul, coin Ouimet et Charbonneau à Saint-Jovite



